Demain j'ai 90 ans !
   
   

Demain, j’ai 90 ans,
J’suis assis dans mon fauteuil fétiche, j’écoute mon ami fidèle :
Mon vieux poste de télé, lui, ne m’a jamais quitté !
J’ai dans une main la zapette, dans l’autre, je gratte la tête,
De ma dernière compagne, ma petite chienne s’appelle Diane !
On est tous les deux un peu abruti, par les monologues de notre ami,
Au moindre coup de revolver, ma chienne m’arrache mon pull-over !

J’suis comme un vieux con, qu’attend la fin de sa vie.
J’me demande d’ailleurs comment j’fais, pour être encore en vie.
J’ai survécu à tout, moi le grand gringalet,
Faut croire que c’est pas les plus baraqués, qui s’en vont les derniers !
J’ai vu les allemands débarquer au printemps,
Les jeunes de 68 foutrent le bordel dans ma boutique,
J’ai même vu ma bagnole cramée lors des émeutes l’an dernier !
Mais le plus dur à supporter, ça reste Arthur et ses enfants de la télé !

J’ai perdu mon dernier ami, un été où il faisait trop chaud,
Il avait pourtant résisté à tout, même à la torture des collabos,
Il avait pas pensé à faire comme moi, se planquer dans le grand frigo !

Alors comme j’suis seul, j’me rase plus,
Sauf pour l’infirmière, quand elle vient m'foutre sa piqûre dans le cul !
C’est la dernière femme de ma vie, la dernière à avoir vu mes parties,
Elles sont toutes chiffes et toutes molles, aussi dures que du guacamole !

Les femmes !
J’en ai connu ! Des centaines, des milliers, surtout des dodues !
J’ai vu l’évolution de la grosse culotte, au string ficelle,
De la touffe bien poilue, à celles fraîchement rasées sous les aisselles !
Des femmes, mon garçon !
J’en ai tirées ! A califourchon ou à dos d’âne, rien ne m’a jamais arrêté !
Des femmes !
J’crois que j’ai pas su…En aimer…Ou bien j’ai pas pu, j’sais plus.
La preuve ! J’te parle à toi…Oh ! Tu m’entends ?
Je te parle à toi avec ton sourire béat !
Mon petit chien…J’ n’ai plus qu’toi.

Demain, j’ai 90 ans,
Et j’crois, qu’j’ai fait plus que mon temps.
Ça fait un bail que j’ai préparé la p’tite fiole, avec la p’tite seringue.
Ça m’fait peur, mais j’veux partir avant de devenir dingue !
Ce soir, j’vais mettre mon complet neuf, celui qu’on n’met qu’une fois.
J’vais écrire cette lettre, m’allonger sur mon lit,
Et m’injecter ce liquide que certain appelle : « Fin de vie. »


29/10/2006

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