J’ai la face
collée contre la vitre,
Qui fait ventouse, un peu comme une huître,
J’ai le corps compressé comme une crêpe,
Qui n’veut pas finir dans une assiette.
J’suis face à un troupeau d’mammouths,
Qui veut rien savoir et rentrer coût’que coûte !
Mon seul ami, dans cet univers morose,
Devinez qui c’est ? C’est le p’tit lapin rose !
Il me dit doucement au creux de l’oreille,
Cette phrase qui encore m’émerveille :
« Ne mets pas tes mains sur les portes,
Tu risques de te faire pincer très fort. »
Moi j’suis pas le plus fort, c’est
le buffle,
Qui m’insulte et m’écrase comme une mouche !
Il écoute le son à fond dans sa play-list,
Si j’bronche, va m’étrangler avec mon slip !
J’ai envie de cogner dans cette graisse en stock,
De crier : « J’ai pas peur ! Moi aussi j’suis mastoc
! »
Mais lui s’assoit sur mon crâne comme un sumo,
Et m’dit : « Mais t’es tout rouge…Prends un
supo !
J’lui dis : « Ton supo, tu peux t’le foutre où
j’pense,
Ton cerveau n’est pas proportionnel à ta panse !
Y’a cette femme à la tête
de chouette,
Avec qui tu pass’rais pas une nuit sous la couette,
Elle s’enlève les points noirs, les chtars, s’maquille,
Comme si j’n’étais pas là, elle s’épile
!
J’ai envie d’lui arracher les poils du nez,
D’les avaler et d’dire : « Ceux-là, tu les
auras jamais »
Mais elle reçoit un appel de sa copine,
Et lui décrit bien fort toute sa collection de string !
Moi j’lui dis juste : « Soyons attentifs ensemble,
On n’est pas chez Mémé, y m’semble ! »
Y’a bien sûr ce pachyderme bien
aimable,
Qui nous diffuse une bonne odeur de Kébab !
C’est pas le genre égoïste, y a des restes,
Des frites sur l’sol, d’la Mayo sur ma veste !
J’ai envie d’lui mettre une patate dans l’pif,
Et d’le cogner avec une boîte de corned-beef !
Mais lui s’essuie les mains sur la barre centrale,
S’endort sur ma ch’mise, me bave dessus, quel régal
! »
J’lui dis juste : « Arrête de manger des Grecs,
Mon cochon, tu pues trop du bec ! »
Y’a aussi mon ami le conducteur,
Qui donne des sacrés coups d’accélérateur
!
Il m’envoie valdinguer au sol, le sadique,
Et crie : « Tout l’monde descend, incident technique !
»
J’ai qu’une envie : l’attacher sur les rails,
Qu’il se fasse couper en morceaux, qu’un train le cisaille
!
Lui m’dit qu’un taré s’est jeté sur
la voie,
Et que si j’me la ferme pas, j’vais finir au même
endroit !
J’lui dis : « J’suis à bout : Voyage au bout
de l’enfer,
Ça f’rait un très bon slogan pour un trajet en
RER !
Pour un trajet en RER ! »
12/11/2006